La nuit du mouvement

LA NUIT DU MOUVEMENT

Le 26 Mai à 19h30 au théâtre de la Madeleine à Troyes.

Durant le mois de Mai le collectif Porte27 arpentera la ville pour motiver des rencontres acrobatiques avec les différentes structures associatives, scolaires, médicales et sociales qui dessinent le mouvement d’une ville. Acrobates, musiciens et vidéastes tenteront de restituer l’émotion de cette rencontre le 26 Mai à 19h30, au théâtre de la Madeleine.

Avec: Julien Chamla, Sébastien Cirotteau, Marion Collé, Matthieu Gary, Pierre Déaux, Sydney Pin, Vasil Tasevski, Julie Tavert, Jules Valeur, Lawrence Williams.

POEME: Suspension de la ville

J’ai toute la ville dans le dos, je n’ai pas le temps, j’ai froid, c’est charmant, je marche, c’est urgent, j’aimerais ouvrir les fenêtres de toutes les baraques au bord de l’eau, il pleut, ce printemps traine un peu, il donne l’impression de glisser sur lui-même, je suis sous le charme, la ville est sous la pluie. La ville soudain trop sage, trop vieille, la ville plie sous les nuages, les oiseaux pépient, de passage, la ville est verte, la ville est visitée, la ville est veinée de coulées, de travées, de gargotes perchées et de courettes farfelues, l’eau ruisselle sur les tuiles de chataignier, les secrets, les flaques et les ruelles s’emmêlent, par-dessus les toits colombés – j’erre sans entrave, dévolue à suivre l’escargot qui bave, traçant sur les pavés glissants, mon nom en toutes lettres.

Je change de périmètre, je prends le temps, je n’ai plus froid, le théâtre de la Madeleine tout rose ressemble à une blague à tabac et je glisse sur le trottoir, au coin de la ruelle des chats, vers le square des Innocents- où s’est enfin posé, le printemps. Je m’allonge, l’herbe gratte, ma tête sur pilotis, j’écarquille le dos, derrière l’église, jonquilles et pâquerettes se dévisagent, un silence, un présage : la ville n’est pas loin, je l’entends. L’espace d’un instant, j’ignore le paysage urbain, royalement, je troue le temps, je fais la taupe, la belle au bois dormant, et je mets la ville en suspens.

Rencontre 6- Maison de quartier les Marots

Dernière rencontre de ce mois de mai à Troyes : les Marots. C’est une maison de quartier, elle a une drôle d’architecture, elle ressemble un peu à un chalet suisse avec des colombages. On arrive en camion et en voiture, on est nombreux. On va jouer dehors, c’est l’endroit idéal pour ça dit Matthieu, il y a plein d’espaces, on met le fil entre deux arbres, Vasil choisit de faire les roues de vélo près du parc de jeux pour enfants, les chutes auront lieu sur l’esplanade, ma danse dans l’herbe. Il y a pas mal de crottes de chien près des arbres.

Lawrence et Pierre sortent trombone et saxophone de leurs étuis. Il fait vraiment beau, cette fois c’est pas du pipeau, on s’échauffe même en t-shirt. Martine, la dame de la maison de quartier qui nous accueille nous ramène des bouteilles d’eau.

A 16h, c’est la sortie des classes, plein de gamins rappliquent, énergiques, avec leurs parents. On installe des petits bancs tout blancs près des tapis bleus, car on attend un groupe de mamies qui avaient « atelier cuisine » à la maison de quartier. Elles ont préparé un repas grec, samossa/moussaka, elles ont déjeuné, puis elles ont profité de l’après-midi pour faire un peu de gymnastique avec des gros ballons. Maintenant, elles sont là, gaies comme des pinsons, elles sont venues voir le cirque.

On traîne un peu dans l’herbe après le spectacle, il y a du sirop.

On discute de l’air du temps avec une des dame de l’atelier cuisine, des coupes budgétaires et des quatre secteurs qui en subissent le plus les conséquences : le social, la culture, l’urbanisme et elle ne se souvient plus du 4ème .

Elle nous parle aussi de Charles De Gaulle. C’était une vraie après-midi de printemps. La première, depuis longtemps.

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Sidney, Lawrence, Julie, Jules et Pierre nous ont rejoint. Julien et Sébastien arrivent ce soir. Demain nous pourrons prendre possession du plateau. Pour le moment, tout se passe dans le foyer du théâtre: on s’échauffe, on parle, on écrit, on monte les images des vidéos qui seront projetées après-demain, on construit le déroulé de la soirée. Lawrence joue un air de guitare.

Vasil et Julie tournent un film dans la ville: une chorégraphie, ruelle des chats, terre-plein de l’agence culturelle Argence, place de la mairie. La même danse, des espaces différents.

Après le pique-nique de midi, nous partirons à la maison de quartier les Marots pour une rencontre, en plein-air. La dernière rencontre de cette Nuit du Mouvement.

Julie-2

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Rencontre 5- CADA, centre d’accueil des demandeurs d’asile

Lundi matin, 10h, on a rendez-vous avec les gens du CADA. Le Centre d’aide aux demandeurs d’asile qui se trouve cours Pablo Picasso. La première fois que je suis venue, j’ai eu un coup de cœur pour l’endroit. Cours Pablo Picasso, c’est un monde en soi. C’est grand, avec des espaces verts, des petits bancs, en cercle. Tout autour, des barres d’immeubles. J’ai erré un bon bout de temps avant de trouver le CADA, toutes les entrées d’immeubles se ressemblaient et j’ai fini par téléphoner à Brigitte, une des personnes qui travaille là. Elle m’a fait coucou de la fenêtre, et ainsi j’ai pu repérer le bon bâtiment.

Les locaux du CADA, ce sont deux appartements, au 3ème étage d’un des immeubles: les bureaux administratifs dans l’appartement 31, une salle de réunion dans l’appartement 35. Le centre aide 12 familles de demandeurs d’asile qui habitent tous dans le quartier. Ils ne sont pas regroupés dans un seul corps de bâtiment, mais répartis dans plusieurs immeubles. Cela limite l’effet ghetto, comme me l’a expliqué Brigitte.

Lundi matin donc, quand on arrive pour faire du cirque, du linge sèche aux fenêtres, des agents de service tondent les pelouses, il n’y a pas grand monde. On décharge le matériel.

Le monsieur qui conduit le motoculteur-tondeur vient me voir, il ne veut pas qu’on écrase l’herbe, c’est mieux qu’elle soit bien haute pour qu’il puisse bien la tondre. Sinon il aura des ennuis avec son patron. Je dis « je comprends », mais devant ma mine déconfite il décide de tondre  juste devant le fil, pour que les spectateurs puissent s’approcher, sans écrabouiller l’herbe. Je trouve l’idée super, j’acquiesce et pendant que j’installe mon fil, il passe la tondeuse. Tout à coup, j’entends un gros scrounch/krrerkk :chlink, il vient de rouler sur ma barre de tirfor, la barre qui sert à tendre mon fil. Sa machine n’est pas cassée, il repart tondre plus loin. Ma barre de tirfor est broyée, elle ressemble à un chou-fleur et je tends mon fil à la main (c’est pas facile).

Matthieu et Sidney placent leurs tapis puis s’assoient sur un banc. C’est dur l’acrobatie le matin, le corps est tout froid, et puis on a un peu peur que les demandeurs d’asile ne viennent pas. Mais peu à peu, des gens arrivent, sortis comme par magie des immeubles alentours. 5-6 hommes, un enfant et une femme. Ils sont souriants et ce sont eux qui viennent à notre rencontre.

Je les amène devant le fil, là où l’herbe a été bien tondue, exprès…, et je leur chante une chanson, avec mon accordéon. Puis je fais du fil, tout doucement car je sais qu’il n’est pas assez tendu et que l’équilibre est très fragile. Le public est près, très doux.

Ensuite, je grimpe sur la poubelle et je joue un tango pour accompagner le duo de Matthieu et Sidney. Un monsieur regarde depuis sa fenêtre. Quand tout est fini, tout le monde se met à ranger, très naturellement. On se présente, on parle et quand le camion est chargé, on monte boire un café dans la salle de réunion du CADA. Appartement… 35. Robert, un des demandeurs d’asile, nous porte nos sacs jusqu’en haut. Il a retenu tous nos prénoms, Jules, Matthieu, Sidney, Marion. Il porte de grosses lunettes. Il est discret et volubile à la fois.

Le Nescafé est chaud. On est tous autour de la table, derrière nous une carte du monde, une pancarte « salle de cours », une table de massage, une grande fenêtre qui donne sur le Cours Pablo Picasso. On se sent très bien ici.

Ils viennent de Lybie, du Bengladesh, du Congo, d’Albanie.

Ils sont très accueillants.

Mosaïque 8- Inauguration des Oiseaux de Passage, mail des charmilles

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FI DU NEANT, ODE AU MOUVEMENT

J’ai une idée: marcher, se déplacer, arpenter, parcourir, errer, se promener, se balader, traverser, courir, accélérer, ralentir, freiner, se retourner, reculer, sauter, trottiner, escalader- tester toutes les allures, prendre différentes postures -les pattes en l’air, la tête en bas- passer d’état en état, percevoir, ressentir, réfléchir et pourquoi pas se tenir tordu, tout de guinguois.

Passer aussi entre les gouttes, fuir l’arbitraire de la raison, les commandeurs, la hiérarchie, l’ordre et les bonnes façons, les divisions, les coups de pressions, et tout ce qui nous empêche d’aller et venir, libre comme un courant d’air, fier comme un zéphyr, porté par nos pieds, nos mains, nos désirs.

Mais : parfois, démuni, seul à vivre- on a la sensation, intenable, qu’autour, plus rien, absolument plus rien ne bouge.

Ne pas se décourager. Faire le vide. Respirer, ne pas regarder vers le bas, apprivoiser son tournis, guetter le faible frémissement, le léger battement, insoumis. Etreindre ce qui vibre, au lointain, ce qui vient d’ailleurs.

Surtout, ne pas rester immobile où le grand méchant néant vous croquera. Le néant est une fiction, un ogre, un piège à émotions.

Allez, let’s move, on sera immobile quand on sera mort, on sera immobile plus tard, et encore, rien ne nous obligera jamais à mettre les mots au placard, de l’eau dans notre vin, du rififi autour du blablabla: rien n’est fini, stoppé, rien ne s’arrêtera jamais, rien n’est rien, tout est là, entre le début et la fin.

Alors j’ai une autre idée : poursuivons la marche, avançons, mettons nous debouts, assis, à quatre pattes, accroupis, prenons d’assaut les espaces de vie, les espaces pleins, les espaces vides, galvanisons le plancher des vaches, faisons danser les trottoirs crasses, faisons valser les politiciens lâches, à plat ventre glissons vers les palais et déménageons la démocratie mal logée.

La planète ne cesse de tourner, soyons à la hauteur, tournons dans le sens contraire à l’air du temps, faisons les girouettes, remontons la pente, tenons la quenotte des enfants, tendons notre main aux suivants, zieutons le sommet de la montagne : en haut, nous aurons une vue dégagée ; sans vertige, nous envisagerons le réel, les autres et l’avenir, comme un beau paysage.

Mosaïque 7 – Cytises

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Rencontre 5- Les Cytises- 3 bateleurs en quête de spectateurs

Mardi 17 mai, soleil franc. On ouvre grand les fenêtres donnant sur l’arbre Ginko qui se déploie, royal, dans le jardin. Temps idéal pour aller bateler dans la ville…

Aujourd’hui : matinée réunion-organisation et écriture d’un premier déroulé pour la soirée du 26 mai, après-midi rencontre, aux Cytises, centre d’hébergement féminin. Un mystère, ces cytises, dont le nom m’évoque une divinité grecque, sorte de pythie assise, dont les oraisons varieraient selon les saisons, sortant de sa bouche sacrée par brassées et bouquets.

Cytises donc, petites fleurs jaunes qu’on dit vernaculaires. Avec ce beau temps, on n’hésite pas, on charge dans le camion le fil et le mât chinois. On part, enthousiastes et conquérants, bien décidés à attirer les foules éphémères dans le petit bout de parc, lieu de passage, qui se situe juste derrière le bâtiment du foyer.

Mais les femmes des Cytises n’arrivent pas. Je vais jouer une valse au bas de leur immeuble, espérant faire à Troyes comme à Hamelin, mais personne ne vient. Les femmes des Cytises ont trop de choses à faire, des rendez-vous, des enfants à gérer, des papiers à terminer, elles font à leur guise et je repars vers le parc, bredouille. Mon accordéon sur le dos pendouille. Quand j’arrive, Vasil fait tournoyer ses roues de vélo pour une mamie et son petit-fils. Qui passaient par là. Mais ces spectateurs, fugaces, repartent en riant, nous laissant en plan.

Un temps.

Dans le parc, plus un passant. Les femmes du foyer ne viennent toujours pas. On décide de passer à l’action et de jouer, sans spectateurs. Drôle de sensation… Matthieu grimpe en haut du mât, dressé entre trois arbres et le sentier en graviers. Soudain, surgie d’un bosquet, une femme arrive. Elle est des Cytises ! Elle s’approche et me dit « C’est un vrai singe, votre copain » . Et elle s’en va. Elle a un truc à faire. Son téléphone collé à l’oreille, elle nous fait un grand signe sympathique de la main et retourne vers le foyer.

Un homme s’est approché. C’est un monsieur élégant, il vient d’Arménie, il a deux grands enfants et vit dans un autre bâtiment, pas loin des Cytises. Je monte sur le fil, et je fais une silencieuse ascension, sous les yeux de Matthieu et Vasil -que je sens attendris, et du monsieur arménien qui retient son souffle -je le vois bien. Il y a des oiseaux plein les arbres. L’air est doux, et le soleil fait du bien.

Le monsieur s’en va et une autre femme arrive, avec sa petite fille. La petite fille s’appelle Elena. On rejoue pour elle et pour sa maman, on prend le temps de discuter, on les invite à venir au Théâtre le 26 mai. La petite gamine est mignonne et lutine.

Quand on range les agrès, on a l’impression d’avoir passé une après-midi ailleurs : sur cette pelouse envahie de pâquerettes, on a joué pour six spectateurs de passage, six vadrouilleurs, cytisiens et voisins, adultes et enfants, hommes et femmes. On a fait un petit spectacle tout public dans l’espace public. Un spectacle vernaculaire, qu’on dédie aux femmes des Cytises.

Acrobate-photographe / vu par Thierry Magot prof. d’EPS au lycée Camille Claudel

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Définition…

Une tomelle…

J’imaginais que c’était le nom d’un oiseau, ou bien d’un petit fromage de brebis du coin, à croquer sur une tartine de pain grillée ou encore un outil pour travailler le bois et sculpter des arrondis, ou bien encore le nom commun d’un moelleux fauteuil d’angle, dans un salon de lecture. On aurait dit « ce soir, j’ai lu dans la tomelle, au coin du feu » ou bien « où ai-je rangé ma tomelle? J’en ai besoin pour tailler mon bâton… » ou encore « Hum… un délice, cette petite tomelle, crémeuse en bouche! ».

Mais non, tomelle n’existe pas dans le Petit Robert. Je n’ai trouvé aucune définition. Alors je vous propose la mienne. Tomelle: après-midi agréable, moment partagé, rencontre. La tomelle peut se dérouler à l’extérieur, en plein air ou bien en intérieur, autour d’un verre et d’un gâteau partagé. Tout peut être prétexte à une tomelle: une acrobatie, un mot, un regard, un silence.

Mosaïque 6 -Les Tomelles

03

Foyer de vie de Fontvannes

Il n’a pas plu.

Nous avions guetté la météo, nous comptions bien passer entre les gouttes. Et aucune averse n’a perturbé notre rencontre au foyer de vie « Les Tomelles », à Fontvannes. Nous avons pu jouer dehors, comme prévu. C’est avec l’aide d’une dizaine de résidents que nous avons tendu le fil entre le camion de Matthieu et un pylône électrique, installé les tatamis près du chemin de graviers et porté les instruments de Lawrence.

C’était agréable de préparer ainsi notre présentation avec quelques uns des résidents, on a pu discuter, se présenter, expliquer ce qu’on allait faire.

Vers 15H30, tout était prêt. Alors Lawrence s’est approché du fil, et j’ai fait une petite danse, pieds nus. J’ai cherché l’équilibre, j’ai croisé des regards, et lorsque je me suis allongée sur le câble, j’ai entendu les oiseaux, le saxophone de Lawrence, les murmures du public et mon coeur, battant.

Vasil a joué près de la serre, élégant dans sa grande veste drue, les cheveux au vent, les roues de vélo tournoyant. Sidney et Matthieu, un peu plus loin, terminaient leur échauffement. Le public s’est déplacé jusqu’à eux, ils se sont assis autour des tapis bleus. Le duo complice a suscité beaucoup de sourires, de rires et d’émotions: chaque chute était commentée ou applaudie.

Après un petit rangement, nous nous sommes retrouvés dans la salle de réunion, tous rassemblés autour d’une grande table, pour goûter. Quel plaisir de pouvoir échanger avec des spectateurs comme ceux des « Tomelles », ouverts, accueillants, tolérants, enthousiastes!

Nous avons quitté Fontvannes en début de soirée, sous de longs rayons de soleil, tièdes, déboussolés, émus.

« Je suis fier de vous », m’a dit un des résident. Je crois qu’aucun spectateur ne m’avait encore jamais dit ça.

Mosaïque 5 – orage

Lawrence et son saxo baryton, complice tout terrain 

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photo: Thierry Magot

Rencontre 2- Lycée Camille Claudel

Aujourd’hui, nous étions au lycée Camille Claudel. Rencontre avec la classe de 2nd, une classe option « création artistique ». Cette année, les élèves ont travaillé sur la métamorphose avec la danseuse et chorégraphe Aurore Castan-Aïn, directrice artistique de la compagnie Kalijo. Ils ont présenté leur travail au Théâtre de la Madeleine il y a deux semaines.

C’est un groupe enthousiaste, ouvert, curieux. Vasil et Lawrence présentent un numéro de « topka » accompagné au saxophone baryton. La « topka », sphère métallique, c’est l’agrès que Vasil a inventé.

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Matthieu et Sidney jouent un extrait de « Chute ! ». Les élèves sont installés tout autour des tapis, et Vasil grimpe sur la structure qui tient le toit du gymnase pour filmer la scène d’en haut. Lawrence chante une chanson de sa composition. Nous prenons ensuite un temps pour échanger.

Vasil réalise un petit stop-motion avec les élèves. Ils proposent des mouvements, Vasil fait des rafales de photos, l’ambiance est détendue, participative. Le gymnase résonne de rires. Nous interviewons deux lycéennes, qui nous parlent de leur envie de faire bouger le monde, de s’engager pour aider ceux qui sont dans le besoin et du goût qu’elles partagent pour la danse. « Si j’avais un super pouvoir, nous dit l’une d’entre elle, ce serait d’entendre les pensées positives des gens ». Elles sont complices, intelligentes et se dévoilent avec beaucoup de sincérité et de confiance. Nous sommes très touchés par le cadeau qu’elles nous font, par leurs présences, leurs paroles.

C’est une après-midi douce, et nous repartons avec cette douceur, tandis que le ciel s’assombrit et qu’un gros orage tonne, se rapproche puis nous éclate, au visage. Nous traversons la pluie, sous de grosses gouttes pour rejoindre notre quartier général et préparer ensemble le programme de demain…

Mosaïque 4 – PJJ

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Acrobaties à la PJJ

Deuxième temps de la rencontre, nous nous rendons au centre, pour présenter d’autres acrobaties. Les jeunes arrivent au compte-goutte. Il est 18h30. C’est l’heure où ils doivent être revenus, sinon ils sont déclarés « en fugue ». Nous sommes une quinzaine, les jeunes, quatre encadrants et nous. Vasil jongle avec ses roues de vélo dehors, dans la petite cours. Matthieu et Sidney déplacent les tables de la salle-réfectoire, c’est très petit, tout le monde s’installe où il peut, en bordure des tapis, sous les tables, derrière la vitre du foyer, adjacent. Les chuteurs chutent de plus belle. Il y a de l’ambiance. C’est joyeux. On reste dîner là, on partage le repas concocté par le cuisiner, avant de se séparer.

On envisage de se retrouver, vite, pour faire visiter aux jeunes le théâtre, la semaine prochaine.

Impossible de s’endormir sans penser à ces moments, on est émus de leur accueil, d’avoir partagé du temps avec eux, de les connaitre.

Mosaïque 3 – PJJ

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Rencontre 1- la PJJ 

C’est incroyable, cela fait bientôt trois ans que nous venons travailler au Théâtre de la Madeleine, et nous ne savions même pas que les locaux de la PJJ se trouvent juste à côté. PJJ, cela veut dire Protection Judiciaire de la Jeunesse.

A deux pas du théâtre donc, un établissement où sont placés une dizaine de mineurs. Ils sont là pour quelques mois. De passage dans une ville qu’ils ne connaissent pas. 14 éducateurs les entourent. Leurs journées sont rythmées par différents temps collectifs – repas, réunions, école -, et par des activités menées par les éducateurs.

Nous mettons en place une rencontre au Parc Omnisport, avec trois d’entre eux, dans la salle de lutte. Là, sur les tatamis jaunes, oranges et rouges pétants, Matthieu et Sidney leur présente une scène de leur spectacle « Chute ! ». Lawrence les accompagne au saxophone baryton. C’est intense, les acrobates n’ont pas joué depuis un mois, ils se sont échauffés et on répété dans la salle que nous prête le centre culturel l’Argence – notre quartier général cette semaine-.

La rencontre est belle et simple. Jules est là et filme les acrobaties. Après la présentation, on échange, on parle de notre travail, de l’acrobatie et de la chute. Puis, nous allons tous ensemble au Kiwi bar, un bar associatif, prolonger la rencontre autour d’un cocktail fruité. Fanny et Jean-Benoît, qui encadrent les jeunes, sont avec nous aussi. Dehors, la pluie est fine. Fine, comme le lien qui se tisse imperceptiblement entre nous.

Feu rouge/ feu vert

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Préparation…

Tout commence par la préparation des rencontres. Nous contactons des structures et faisons des premiers rendez-vous pour présenter le projet. Les délais sont courts. Malgré le pont du 8 mai, des personnes nous répondent, enthousiastes: à la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), aux Cythises (centre d’hébergement pour des femmes en situation de précarité), au Foyer de vie « Les Tomelles » à Fontvannes, au lycée Camille Claudel…

Le temps file entre la réflexion sur les actions à proposer, les plannings à organiser,  le quotidien, les étirements, les rendez-vous.

Mercredi 11 mai, nos premiers complices arrivent: Jules, Lawrence, Sidney.

Mosaïque 2 – Préparation

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Jeudi 5 mai: arrivée!

On se retrouve à Troyes, il y a de grands rayons de soleil, des averses, nous posons nos valises dans l’appartement Ginko de la Maison des Boulangers, il y a de grands arbres millénaires dans le petit jardin. Nous ouvrons les fenêtres. Un train passe, à deux pas. La gare est notre grande voisine.

Nous sommes venus préparer la Nuit du mouvement qui aura lieu le 26 mai au Théâtre de la Madeleine à Troyes. C’est la troisième et la dernière année que le Collectif Porte 27 est associé à ce lieu. Pour cette ultime soirée troyenne, nous avons envie d’aller à la rencontre de structures et d’associations de la ville, pour proposer nos services d’acrobates, à domicile, mais aussi investir l’espace public. Nous allons enquêter, investir l’espace urbain, les interstices, les lieux peuplés et connus, les endroits déserts et secrets. Nous allons danser, faire du cirque, tout terrain.

L’idée : avoir mille idées, ouvrir les vannes, échanger, réfléchir ensemble, se mettre en mouvement, frémir et partager les révoltes, les envols, les élans, remettre nos habitudes en jeu, questionner l’acte artistique.

Mais aussi : jouer de la musique, improviser, écrire, marcher, sur les pieds, sur les mains, observer l’architecture, rire, chercher, proposer, recueillir des images, des paysages, des témoignages..

Donner. Et laisser le temps faire. Essayer. Apprendre. Recevoir.

Mosaïque 1 – Arrivée à Troyes

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