Après le dernier ciel

Performance circassienne inspirée des écrits de Mahmoud Darwich

Après le dernier ciel naît d’une invitation de l’Institut du monde arabe de Paris, qui propose à Marion Collé de créer une performance circassienne en hommage au poète Mahmoud Darwich. 

La création a lieu le 22 septembre 2018 dans l’auditorium de l’Institut du monde arabe à l’occasion d’une soirée en hommage au poète disparu. 

Elle est ensuite reprise à Bozar – Bruxelles dans un format in situpour le Hall Horta le 21 novembre 2018. 

Sur une proposition de Marion Collé / Collectif Porte27

Fildeféristes Marion Collé et Arthur Sidoroff

Scénographe lumière Sylvie Mélis / Le Scratch de la méthode

Créateur son Alexis Auffray

Avec la voix de Raymond Hosny

Responsable des accroches Fred Sintomer

Administration Anne Delépine

Production et diffusion Marie Pluchart / Triptyque Production

Production Collectif Porte27

Coproductions Institut du monde arabe, La Comète – scène nationale de Châlons-en-Champagne

« La part d’obscur n’est pas la cible de la poésie. Mais elle nait de la tension entre le mouvement du poème et la pensée que le poème met en branle, de la tension entre son état de prose et son état de rythme. Et cette part d’obscur, comparable aux évocations des ombrages, est l’une des formes du combat entre la langue poétique et la réalité que la poésie, dans la quête de son essence, ne se contente pas de décrire. Peut-être que cette part d’obscur est l’espace précisément ouvert devant le lecteur qui, libéré d’un message définitif, doté de la capacité de lire et d’interpréter, peut alors donner une deuxième vie au poème. »

Mahmoud Darwich

Extrait de la préface de La Terre nous est étroite et autres poèmes

Ed. Poésie / Gallimard

« Dans la poésie de Mahmoud Darwich, lyrique et intime, épique, c’est l’aspect politique qui semble toujours prendre le pas sur tout, puisque sa parole est attachée à son pays, à son histoire. Et cette histoire, et la Palestine, à mon avis, a tellement besoin des mots du poète, de poésie, que Mahmoud Darwich est sa langue, intrinsèquement. Il est la Palestine. En ce sens, pour moi, il est intraduisible. Cette notion de traduction m’intéresse particulièrement, dans le rapport de traduction de la poésie au plateau qui est au cœur de mon travail.

Dans ce qu’il dit sur sa poésie, et notamment sur la traduction, il y a quelque chose qui selon moi lui permet d’échapper à cette assimilation de sa poésie à la cause palestinienne : en effet, Mahmoud Darwich a lu et découvert beaucoup de textes en hébreu aussi, il est un poète qui traverse les langues, il est très traduit, beaucoup lu en France, et ce qu’il dit sur la traduction dépasse justement le simple sens de “traduire d’une langue à une autre”. Il y a là quelque chose d’universel, de tangible, d’infiniment poétique car il est question de transcrire, de continuer à dire, à écrire, de la force de l’idée poétique et de la lumière que procure le fait de cheminer, en poésie.

D’un point de vue littéraire, ce qui me touche, c’est le rythme de son écriture: elle est en marche, elle est comme une vague, elle est épaisse souvent, elle a aussi des arrêts très nets. C’est une langue poétique, une langue en soi, une musique où tout est combat, engagement, force, quête de liberté. Mais ce qui me touche davantage encore, c’est la relation du poète à sa poésie, sa manière de s’entretenir avec elle, de vivre en poésie, de cheminer dans un espace ouvert, dévasté, extime. Espace des mots bien sûr mais aussi espace du corps, de la lumière, espace de mouvement et d’élan de vie, où l’émotion et la pensée s’éprouvent, dans une tension, continue. pour s’adresser à l’autre, librement.

Au plateau, sur les fils, par la lumière et par le son, il y a là matière à exprimer cet endroit de tension, et de chercher à traduire cette poésie qui est vitalisante, éclatante, profonde. Faire face, traverser, être traversé par des élans forts, la nécessité d’un engagement et d’une réflexion sur le monde, partagée, tels seront les axes de travail pour cette création en hommage à ce grand poète qu’est Mahmoud Darwich. »

Marion Collé